|


El Mundo / Año XIV, número 413 Crónica Domingo
14 de septiembre de 2003. (P. 10)
HISTOIRE / L´ÉTRANGE MORT D´UN PAPE.
“JEAN PAUL I A ÉTÉ ASSASSINÉ”
José Manuel
Vidal.
“Il faut purifier le temple et en expulser les marchands”.
Telle est la référence théologique qui a conduit Jesús López Sáez, prêtre
d´Avila, prestigieux catéchiste et fondateur de la communauté d´Ayalá,
à fouiller dans l´histoire scabreuse de la mort de Jean Paul I. Après
25 ans de recherches approfondies, ses conclusions sont saisissantes
et jettent à bas les thèses officielles. La Curie romaine, avec à sa tête
Jean Paul II, a toujours soutenu que la mort du Pape Luciani avait été
celle d´un malade, incapable d´assumer le poids écrasant de
la tiare. López Sáez soutient,
en revanche, que la mort du Pape météore (il n´a passé que 31 jours
sur le trône pontifical ) a été un assassinat orchestré par certains membres
de la Curie, de la mafia et de la franc-maçonnerie; un Pape en pleine
forme, et à ce point capable de régir l´Eglise qu´il projetait de faire
prendre un virage de 180º au Vatican, à ses finances et à la Curie romaine.
A la suite de
la version officielle, Rome avait considéré que l´affaire était enterrée.
Mais, aujourd´hui encore, dans l´ensemble de la chrétienté, continue à
flotter une atmosphère de mystère et de soupçon. La blessure ne s´est
pas cicatrisée. Et de fait, depuis cette mort, nombreux sont les évêques
qui, et parmi eux figurerait un certain cardinal, ont demandé
à Rome l´ouverture d´une enquête approfondie. Jesús Lopez fait
partie de ce secteur minoritaire qui veut “laver” l´image distorsionnée
d´un pontificat qui aurait pu être révolutionnaire pour l´Eglise. Faire
justice au Pape souriant et, par la même occasion, purifier le
temple de la Curie, et aider l´Eglise à retrouver sa splendeur évangélique.
Grâce à de bons contacts, aussi bien en Espagne qu´à l´étranger, avec
l´aide d´évêques et de cardinaux amis, Jesús López a concrétisé ses premières
découvertes dans le livre Il faudra rendre compte (Editions Orígenes),
publié 12 ans après la fin mystérieuse de Jean Paul I.
A cette époque,
déjà, le père Jesús López essayait de fouiller dans les eaux troubles
de la mort du Pape Luciani, parce que, “ à chaque génération, il sera
demandé de rendre compte du sang de ses prophètes”. Mais, dans l´Eglise,
la consigne était claire et catégorique: “Aucun ecclésiastique ne peut
remuer les cendres du Pape Luciani et, aux multiples questions des fidèles
du monde entier, le clergé doit donner comme réponse la vérité officielle”.
Mais don Jesús ne s´avoua pas vaincu et, dès lors, il a continué à réviser
les archives, consulter les sources, en particulier au-contact des acteurs
directs de ces événements qui, avec l´âge et le temps, se sont mis à parler.
“EL DÍA DE LA CUENTA”
Le fruit de ces années de travail, c´est un nouveau livre
, El día de la cuenta (Le jour des comptes), dans lequel
il concrétise ses conclusions définitives. Mais dans l´Eglise, cela ne
plaît pas que l´un de ses prêtres les plus prestigieux assure qu´un Pape
a été assassiné, et qu´il dénonce les intrigues d´une Curie, dont il dit
qu´elle est “une véritable caverne de voleurs”. Et les pressions en tout
genre de pleuvoir. Sentimentales, avec les lettres de ses amis. Comme
celle de l´actuel nonce en Croacie, l´espagnol Francisco Javier Lozano,
dans laquelle celui-ci le supplie de ne pas publier un livre “qui
peut faire tant de mal à l´Eglise du Christ”. Il l´avertit: qui est-il
pour s´asseoir au banc des du Saint Siège? Il y a aussi les chantages affectifs: “J´aurais donné
nimporte quoi pour que tu voies le visage de douleur de “l´autorité de
l´Eglise” (Jean Paul II) quand, il y a quelques mois, je lui ai présenté
un bref résumé de ton manuscrit. Cette autorité qui est habituée à souffrir
à cause des calomnies, des infidélités, et même à cause des tirs à bout
–portant, un 13 mai”.
Aux pressions affectives succédèrent les pressions canoniques. L´évêque
d´Avila d´alors, Adolfo Gonzalez Montes, le menace par écrit de lui retirer
l´exercice de ses fonctions (interdiction de célébrer les sacrements).
Mais don Jesús ne cède pas. Bien plus, il rappelle que Sainte Catherine
de Sienne disait: “Les ministres de Dieu qui ne dénoncent pas les maux
de l´Eglise sont de mauvais pasteurs. Ils n´ont pas de chien de garde,
le chien de garde de la conscience; ou bien, c´est qu´il n´aboie pas”.
C´est vrai que lui, il en a un, un chien de garde, et il ne cesse d´aboyer.
Et pourtant, parce qu´il ne bougeait pas d´un pouce, il fut renvoyé de
la Conférence Episcopale, où il travaillait au sein de la comission de
catéchèse. Et là, il perdait l´occasion d´obtenir la mître, et la reconnaissance
solennelle de la Communauté d´Ayalá, fondée par lui. Maintenant, il lui
a fallu éditer son livre “en édition privée, non vénale”. Même ainsi,
de bouche à oreille et de la main à la main, il s´en est vendu plus de
2000 exemplaires.
A côté des montagnes
de reproches, pourtant, quelques félicitations. Comme celle de l´évêque
Casaldáliga: “Tout le matériel que tu apportes est important pour L´Histoire
et pour la purification de l´Eglise”. Ou encore la lettre énigmatique
d´Eduardo Luciani, le frère du Pape défunt. Sans se prononcer sur
ce point, il laisse planer un doute sur le sort de son frère.
EDITION PUBLIQUE
Comme tout bon
prêtre qu´il est, Jesús Lopez se sent divisé au vu des conclusions de
son enquête. “ Cependant, ma conscience m´interdit de me taire et, même
si je ne vis pas dans la peur, je sais qu´on peut me faire beaucoup de
mal. Mais...comme le disent les Actes des Apôtres, “il faut obeïr à Dieu
avant d´obeïr aux hommes”. Bien plus, López Sáez envisage de faire une
édition publique de son livre et de la diffuser en librairie. “ Pour que
les gens sachent, et que les marchands sortent du temple”.
“Ce matin-là,
29 septembre 1978, vers cinq heures et demie, le secretaire particulier
du Pape, comme il n´avait pas trouvé le Saint Père dans la chapelle comme
à son habitude, alla le chercher dans sa chambre; il le trouva mort dans
son lit, la lumière allumée, comme s´il était encore en train de lire.
Le médecin, le dr. Renato Buzzonetti, immédiatement accouru, constata
le décès, probablement survenu la veille vers 23 heures, à cause d´un
infarctus du miocarde aigu ”. Ainsi était rédigé le communiqué officiel
du Vatican. Une version, selon López Saéz, pleine de tergiversations.
Entre autres: “ un diagnostic sans fondement, (infarctus du miocarde aigu,
et ,de plus, instantané), établi par un médecin qui ne connaissait pas
Luciani en tant que patient, sans qu´ait été pratiquée (officiellement)
une autopsie, et une information manipulée en ce qui concerne la découverte
du cadavre et les circonstances du décès”.
PAR QUI LE PAPE A-T-IL ÉTÉ TUÉ?
À l´heure actuelle,
il est démontré que Jean Paul I était en bonne santé. Ce fait est confirmé
par son médecin personnel, le docteur Da Ros: “Le Pape n´a jamais passé
24 heures alité, ni même une matinée ou une après-midi; il n´a jamais
eu de maux de tête ni
suffisamment de fièvre pour rester au lit. Il avait une bonne santé; aucun
problème de régime, il mangeait tout ce qu´on lui proposait; il ignorait
tout du diabète ou du cholestérol; il avait seulement la tension un peu
basse”. Avoir la tension un peu basse constitue, pour beaucoup de médecins,
“une assurance-vie”.
On sait aussi
que Jean Paul I n´est pas mort d´un infarctus, parce qu´il n´y a pas eu
“lutte contre la mort”. Le temps passant, le Vatican lui-même a reconnu
que la première personne qui l´avait trouvé mort n´avait pas été Monseigneur
Magee, mais soeur Vincenza, la religieuse qui s´occupait de lui. Selon
ce qu´elle relate, “ le Pape était assis dans son lit, il portait ses
lunettes et avait quelques feuilles de papier dans les mains. Sa tête
était légèrement inclinée sur la droite, et l´une de ses jambes était
étendue sur le lit. Il ébauchait un léger sourire”.
Qu´avait-il entre
les mains? “ Bien évidemment, il n´avait pas le Kempis, comme l´a dit
le Vatican, un livre trop gros
pour être soutenu entre les doigts. Les feuillets qu´il avait
étaient des notes concernant la conversation de deux heures que le Pape
avait eue avec le secrétaire d´État, le cardinal Villot, l´après-midi
antérieure”, dit López Sáez. Au-cours de cette conversation, le Pape avait
annoncé à son numéro deux les changements importants auxquels il
pensait procéder dans la Curie. Tel fut le détonateur de sa mort.
¿Quelle fut l´arme
du crime? “Bien que ce fait soit nié par le Vatican, une autopsie a été
pratiquée sur le corps de Jean-Paul I, et elle a révélé qu´il était mort d´une dose extrêment
forte d´un vaso-dilatateur, remède absolument
contrindiqué pour quelqu´un dont la tension est basse, comme c´était le
cas du Pape. Celà coïncide avec la position dans laquelle a été trouvé
le corps: il n´y avait pas eu de lutte contre la mort, il en est ainsi
lorsqu´elle survient à cause d´une substance vaso-dilatatrice: au-milieu
d´un profond sommeil”, explique don Jesús.
Ce médicament,
qui ne lui avait pas été prescrit par son médecin personnel, -comme il
l´a reconnu lui-même-, on l´avait obligé à le prendre, ou bien il lui
avait été injecté. La mystique Erika, dans un livre du célèbre théologien
Urs von Balthasar –devenu cardinal depuis-, assure avoir eu une révélation
dans laquelle elle voyait quelqu´un injecter au Pape cette substance.
De plus, Jean Paul II accorde la barette episcopale à von Balthasar tout
en sachant qu´Erika elle-même dit dans son livre que “le Saint Père le
sait et le croit” (que son prédécesseur a été assassiné).
De son côté,
l´ancien ambassadeur Roger Peyrefitte, auteur de La soutane rouge,
affirme que c´est le membre de la maffia Brucciato -mort depuis dans
un attentat contre Roberto Rossone, vice-président de la Banque Ambrosiana-
qui a pratiqué l´injection mortelle, en compagnie de deux monseigneurs
de la Curie. Selon López Sáez, “personne ne sait exactement qui a tué
le Pape. Tout porte à coire qu´il s´agit de la Loge Massonique P2. Il
est impossible d´accuser une personne en particulier, bien que certains
parlent du Président d´alors de l´IOR (Banque du Vatican), monseigneur
Marcinckus, et du Secrétaire d´État de l´époque, le cardinal français
Villot.”.
Quoi qu´il en
soit, il s´agit, selon López , “d´une mort provoquée, et au moment
opportun”. Pourquoi? Les feuillets que le Pape mort tient dans sa main
contenaient le nouvel organigramme de la Curie et de l´Eglise italienne:
démission de Villot et de l´archevêque de Milan, monseigneur Colombo;
transfert à Milan de Casaroli; Benelli, nouveau Secrétaire d´État; Poletti,
vicaire de Rome, à Florence; et Felici, nouveau vicaire de Rome”.Jean
PaulI avait présenté quelques heures auparavant l´organigramme à Villot
qui lui avait dit: “Vous êtes libre de décider, et j´obéïrai. Mais vous devez savoir
que ces changements représentent une trahison à l´héritage de Paul VI”.
Ce à quoi Jean Paul I répliqua: “Aucun Pape ne gouverne à perpétuité”.
Il est évident
que le Pape Luciani était un Pape qui était “ sur le chemin de la prophétie”.
C´est à dire “un Pape qui ne veut pas être un chef d´état,
qui ne veut ni escorte ni soldats, un Pape qui veut une rénovation profonde
de l´Église, et qui veut, en plus, gouverner avec
les évêques. Un Pape des pauvres, qui veut promouvoir au Vatican
un grand centre de charité, pour y loger les sans abri de Rome”,
ajoute le père Lópz Sáez.
En définitive, le Pape, on l´assassine parce qu´il veut réviser la
structure de la Curie, publier plusieurs encycliques (sur la collégialité
de la femme dans l´Eglise), destituer de son poste le président de l´IOR,
réformer la banque du Vatican et s´affronter ouvertement à la franc-maçonnerie
et à la maffia, solidemnt implantées dans la Curie romaine. Selon Lópz
Sáez, “ce qui a été déterminant a été l´affaire de l´IOR, parce que la
Curie essayait d´éviter la faillite de la Banque Ambrosiana, alors que
la décision du Pape allait la précipter. Eux voulaient un Pape qui évite
cette faillite”.
Cependant, bien que Jean Paul I ait été éliminé, son successeur,
Jean Paul II ne put éviter la faillite de la Banque Ambrosiana, et il
en destitua le président, monseigneur Marcinckus. “ La différence, c´est
que Jean Paul I veut expulser du temple les marchands, tandis que Jean
Paul II expulse les uns ( la franc-maçonnerie ), pour se jeter dans les
bras de l´Opus Dei. C´est l´Opus qui est sortie gagnante, et c´est
pour elle que le pontificat du Pape Wojtyla a été le plus rentable: une
prélature personnelle, un saint,
et le contrôle du pouvoir à Rome.
Quoi qu´il en
soit, le Pape Luciani sait qu´il va affronter des ennemis tout-puissants.
À plusieurs reprises, il affirme, selon le père Sáez, que son pontificat
va être court, et qu´il connaît déjà le nom de son successeur. À certains
moments, il l´appelle “l´étranger”, à d´autres “celui qui était assis
en-face de moi au conclave”. C´est à dire Wojtyla. Pourquoi
Jean Paul I savait-il, avant même de mourir et avant même
le conclave, le nom de son successeur? “ Parce que Jean Paul II était
le candidat du cardinal Villot et de la Curie, dont le désir était de
récupérerer le contrôle du pouvoir. Ce n´est pas en vain que les membres
de la Curie disaient: “ nous avons perdu trois conclaves, ( ceux de Jean
XXX, Paul VI, et celui de Jean Paul I), mais pas le quatrième”.
Le père Lopez
est convaincu, comme l´est la mystique Erika, que le Pape “sait”. Bien
plus, il pense que sa dernière oeuvre poétique, Tryptique romain, est
une réponse dissimulée à son propre livre: il avait envoyé
ce dernier au Pape, avec accusé de réception du Secrétariat d´État. Pour
cette raison le Pape, en seulement trois pages, parle de la Chapelle Sixtine
et du prochain conclave. “ C´est une façon de me répondre, à moi et aux
cardinaux qui vont participer
au prochain conclave. C´est une façon de dire “ il y a quelquechose”...Et
s´il répond, c´est pour que les cardinaux chargés de l´élection en tiennent
compte, fassent leur choix en conséquence, et qu´ils réparent l´injustice
commise vis à vis du Pape Luciani”.
Il s´agit de
l´un des éléments qui touchent le plus le fondateur de la Communauté d´Ayalá.
“Jean Paul I n´était pas un pape faible et indécis, comme
certains veulent le laisser entendre depuis le Vatican. Sont en jeu, non
seulement la cause et les circonstances de sa mort, mais aussi sa personnalité
et son témoignage”. Et de fait, à l´heure qu´il est, il existe deux procès
en cours concernant le Pape Luciani. Le premier est d´ordre civil, réouvert
à Rome par le procureur Pietro Saviotti. “J´ai envoyé au procureur toutes
mes données et tous mes documents. J´espère que cela contribuera à éclaircir
la vérité et à faire justice”, dit López.
Le second procès
est celui de la béatification de Jean Paul I. Le père López ne veut pas
entendre parler de ce genre de procès: “ Le Pape Luciani, dit-il, n´a
pas besoin d´avoir fait des miracles pour être saint. Jean Paul I, il
faut le béatifier en tant que martyr, après une enquête approfondie sur sa
mort; et récupérer son image déformée par la distorsion”.
“EL DÍA DE LA CUENTA”, de
Jesús López Sáez, ne peut être acquis dans le commerce. Pour prendre contact
avec son auteur: www.comayala.com.
|