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EN L´ESPRIT DE JÉSUS
*ABBA, PÈRE
- La prière de Jésus commence par cette
parole: Père (Lc 11,2). Dieu,
Jésus l´appelle toujours Père, en araméen abba; c´est le terme par lequel un enfant s´adresse à son
père. Le mot “père”, les évangiles le mettent sur les lèvres de Jésus jusqu´à
cent soixante-dix fois. La confiance envers le Père et le dialogue avec lui
sont véritablement le coeur de l´évangile. Jésus apprend à ses disciples à
s´adresser au Père avec la confiance d´un enfant: Si
vous ne retournez pas à l´état des enfants, vous n´entrerez pas dans le Royaume
des cieux” (Mt 18,3).
- La prière est dialogue de l´homme avec Dieu. Si le
fait pour l´homme de parler avec Dieu a un sens, c´est parcequ´il est apparu
que Dieu parle avec l´homme. Ecouter et
prier le Dieu qui parle de bien des manières dans l´histoire de
l´homme ne sont que l´endroit et l´envers d´une même médaille. En réalité,
Jésus de Nazareth sème tout d´abord la Parole; ce n´est qu´après qu´il initie
à la prière ceux qui ont commencé à écouter la Parole; Et il advint, comme il était quelque part à prier,
quand il eut cessé, qu´un de ses disciples lui dit: “Seigneur, apprends-nous
à prier, comme Jean l´a appris à ses disciples” (Lc 11,1).
- La prière est communication avec Dieu. Saint Thérèse
nous dit: “Nous pouvons entrer en conversation avec Dieu-même” (1 Moradas
1,6). Comme dans toute communication, il existe une prise de parole et une
écoute. De bien peu sont utiles les recettes ou les schémas tout-faits. Ce
qui est plus utile, c´est la conscience de ne pas savoir demander
ce qui convient (Rm 8,26). À chaque fois, nous
avons besoin de reconnaître que prier est quelquechose qui dépasse toute méthode.
Qui se réalise en l´Esprit de Dieu, c´est à dire “seul à seul”(Mt 14,23),
“dans le secret” (6,6), en communauté (Ac 1,14).
- La prière part de l´expérience de ce
que nous sommes en train de vivre: “Entre les casseroles, Dieu se promène”
(Sainte Thérès, Fundaciones 5,8). La prière nous conduit au plus profond de
notre vie; pour cela, elle requiert un climat de silence: un silence fécond,
qui ne signifie pas bloquage et qui n´est pas source d´angoisse, mais bien
qui conduit au coeur de l´histoire de chacun; un silence duquel peuvent jaillir
ensemble la parole de l´homme et la parole de Dieu; un silence qui est une
contemplation vraie de l´action de Dieu au coeur de l´histoire: Allez,
contemplez les hauts-faits de Yavhé (Ps 46,9).
- Si nous contactons avec le fond de notre expérience,
les paroles ne sont pas le plus important. Il n´en est pas besoin de beaucoup
(Mt 6,7). Et si nous ne trouvons pas nos propres mots, nous les trouvons dans
les psaumes, dans la lecture de la Bible, dans l´enseignement et l´expérience
partagés. A chaque réunion, nous pouvons suivre le conseil de Paul: Chacun
peut avoir un cantique, une instruction, une révélation, un discours en langue,
une interprétation (1 Co 14,26). Le Concile Vatican II a rappelé
l´importance de la Bible dans le dialogue de l´homme avec Dieu: “Dans les
livres sacrés, le Père qui est au ciel sort amoureusement à la rencontre de
ses enfants pour converser avec eux” (DV 21). D´une manière toute spéciale,
c´est du livre des psaumes que
la première communauté chrétienne tire ses chants et ses prières. Dieu lui-même,
en son esprit, parle au coeur, en corrigeant et en consolant, en instruisant
et en aidant. Dans les premières communautés furent composés et chantés des
psaumes nouveaux, des hymnes et des cantiques inspirés (Ep 5,19;Col 3,16).
- Quand les disciples demandent à Jésus
qu´il leur apprenne à prier, ils lui demandent quelque chose d´essentiellement
spécifique à l´évangile. Chaque groupe, et ce, maintenant comme alors, se
distingue par sa façon de prier. La prière est ce qui donne unité et identité
au groupe, elle crée communauté. La prière de Jésus manifeste ce qui est essentiel
dans sa mission, le coeur de l´évangile. Dans la tradition catéchuménale des
premiers siècles, la prière du Seigneur était un secret
qui n´était révélé qu´à la fin du processus, dans le contexte d´une catéchèse
intensive dont elle était le sujet.
- La prière du Seigneur n´est pas seulement
une forme de prière commune, elle est aussi un schéma d´évangélisation selon lequel
nous osons prier comme Jésus, dans l´esprit
de l´évangile (notre Père): nous nous adressons au Père avec confiance; nous
voulons que son nom ne soit pas profané mais sanctifié; nous cherchons par
dessus tout le royaume de Dieu et sa justice, l´accomplissement de sa volonté;
nous demandons ce qui est nécessaire pour vivre, le pain, en ayant confiance
en sa providence; nous demandons ce qui est nécessaire pour la vie en commun,
le pardon, comme des enfants qui ont besoin d´être pardonnés, comme des frères
qui ont besoin de pardonner; nous sommes vigilants et nous prions quand se
présentent la tentation, le mal qui harcèle l´humanité depuis le commencement
- Dieu continue à parler. Celui qui écoute
sa parole devient fils de Dieu (Jn
1,12), et il peut dire: Toi, mon Père, mon
Dieu et le rocher de mon salut (Ps 89, 27). Et aussi:
Mon sort est dans ta main (Ps 16,5).
Celui qui rejette sa parole devient fils
de la prostitution (Jn 8,41). L´eau du baptême sert à bien peu
de chose si nous ne portons pas de fruit, et du fruit digne de conversion.
Il ne suffit pas de dire: Nous avons pour
père Abraham (Lc 3,8), ou”nous sommes catholiques depuis toujours”.
La reconnaissance de Dieu comme Père est l´expérience dont nous avons besoin
pour pouvoir survivre à la chute de nos points d´ancrage et vivre dans la
confiance, comme des fils qui crient: Abba!
Père! (Rm 8,15; Ga 4,6). C´est là que réside le soubassement le
plus profond de la fraternité universelle: nous
sommes tous frères, Dieu est notre Père.
- La confiance
est la base de la prière. Bien souvent,
il est dit avec simplicité, sans plus approfondir: Pour
moi, en ton amour je me confie (Ps 13,6), c´est
toi mon Dieu (Ps 140,7; Ps 31,13). Fréquemment, on s´adresse au
Seigneur en lui disant mon Dieu (Ps
104, 19). Il représente la confiance (Ps 22,10), l´espérance (Ps 71,5) du croyant, le Dieu de sa vie (Ps 42,3), de son salut (Ps 25,5), sa lumière (Ps 27,1), son libérateur (Ps 19,15). L´innocent
s´adresse à Lui comme à un Dieu juste (Ps 17,1), celui qui est l´objet de calomnies
l´appelle ma gloire (Ps 3,4),
celui qui est dans le besoin l´appelle mon
aide (Ps 22,20). Le Seigneur est abri (Ps 61,4), roc de
force (Ps 31,3), rocher
(Ps 19,15), maison fortifiée (Ps
31,3), tour forte (Ps 61,4),
bouclier (Ps 3,4), pasteur (Ps 23,1). L´amour
d´une mère et la tendresse d´un père (Ps
103, 13) sont les reflets de son amour: Dieu
est amour (1 Jn 4,8).
- Examinons cette prière de Jésus: je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
d´avoir caché celà aux sages et aux intelligents et de l´avoir révélé aux
tout-petits (Mt 11,25). Il dit un peu plus loin: venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous
le fardeau …et vous trouverez soulagement pour vos âmes (11,28-29).
Jésus prie avec les paroles que nous trouvons dans le psaume 34: Je
bénirai Yahvé en tout temps, sa louange sans cesse en ma bouche; en Yahvé
mon âme se loue, qu´ils écoutent, les humbles, qu´ils jubilent! Il
dit aussi: Je cherche Yahvé, il me répond et de toutes mes
frayeurs me délivre. Et enfin: il sauve les esprits abattus.
- Jéus prie ainsi devant la tombe de
Lazare: Père, je te rends grâces de m´avoir
écouté. Je savais que tu m´écoutes toujours; mais c´est à cause de la foule
qui m´entoure que j´ai parlé, afin qu´ils croient que tu m´as envoyé (Jn
11,42). La situation est la suivante: son ami est mort, il a reçu des reproches
parce qu´il n´était pas là, il a annoncé la vie plus forte que la mort, il
se produit un signe, Lazare est vivant. Jésus rend grâce avec des paroles
que nous pouvons retrouver dans le psaume 138: Je
te rends grâce, Yahvé, de tout mon coeur, tu as entendu les paroles de ma
bouche.
- Au dernier repas, Jésus prie pour ses
disciples: Père très saint, garde en ton
nom ceux que tu m´as donnés (Jn 17,11). La trahison de Judas approche:
Celui qui mange mon pain, il a levé contre
moi son talon (Jn 13, 17; Ps 41, 10). Dans la solitude du jardin,
Jésus éprouve tristesse et angoisse. Ainsi s´accomplit le psaume 42: Mon
âme est triste à en mourir (cf. Ps 42,7). Il prie alors ainsi:
Mon Père, s´il est possible, que cette coupe
passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux (Mt
26,39). Il est dit dans le psaume 40: Voici,
je viens pour faire ta volonté. Sur la croix, il proclame l´accomplissement
du psaume 22 dans tout ce qui est en train de se produire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m´as-tu abandonné?
(Mt 27,46; Jn 19,24.28). Et enfin au moment de mourir, il prie
avec les paroles du psaume 31: Père, en
tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46).
* Dialogue: Quelle relation avons-nous avec Dieu? Est-ce une relation de confiance?
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