* DE LA SOIF À L´EAU VIVE

 

1. La conversion à l´Évangile suppose un changement radical : un passage de la soif à l´eau vive.  La tradition oecuménique et liturgique de l´Église a vu dans le passage de la Samaritaine (Jn 4,1-45)  un test qui sert à  réviser l´expérience de foi, expérience de foi qui fait ici irruption dans une situation concrète : celle d´une femme en pleine crise d´identité.

2.  Les Pharisiens avaient appris que Jésus faisait plus de disciples que Jean. Il entraîne à lui les gens ! Comme mesure de précaution, Jésus quitte alors la Judée et revient en Galilée où il se sent en sécurité. Pour ce-faire, il devait passer par la Samarie, région limitrophe, mais hostile, à part, cinq fois colonisée (2 R 17,24). Pour le prophète Osée, la Samarie est l´épouse du Seigneur, qui s´est prostituée (1,2) et qui est devenue adultère(3,1) ; elle conjugue un passé religieux de longue date avec des coutumes païennes. Comme notre propre terre : de vieille tradition religieuse, mais, en fin de compte, devenue pays de mission.

3.  Jésus arrive à une ville de Samarie appelée Sychar. À une profondeur d´environ mille mètres, se trouvait le puits de Jacob, l´un des plus profonds de la Palestine tout entière. Les recherches archéologiques confirment qu´il fut utilisé depuis l´an 1 000 avant JC  jusqu´à 500 ans après JC. Le puits de Jacob renvoie aux origines, à une époque où la division entre Juifs et Samaritains ne  s´était pas encore produite, à une époque où l´épouse du Seigneur n´était pas encore partie à la suite de ses amants (Os 2,7). L´Évangile de Jésus, lui-aussi, nous renvoie à une époque où ne s´étaient pas encore produites les grandes divisions entre Chrétiens.

4.  Les disciples s´étaient rendus à la ville pour acheter de quoi manger. Fatigué par la marche, Jésus s´était assis près du puits. C´était environ la sixième heure, vers le milieu de la journée. Arrive une femme de Samarie pour puiser de l´eau. Cette femme (elle ne donne pas son nom) est le symbole vivant de son pays. Jésus dit à la Samaritaine : donne-moi à boire.  La situation, auprès du puits, rappelle la rencontre du serviteur d´Abraham avec Rebecca, quand il cherchait une épouse pour Isaac (Gn 24,17) ; elle rappelle aussi la rencontre de Jacob avec Rachel (Gn 29,1-14). Jésus demande un geste d´accueil et d´hospitalité, chose insolite entre Juifs et Samaritains ; il se situe au-delà des préjujés, de la division, de la discrimination ; c´est à la personne qu´il s´adresse. Je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur (Os 2,16).

5.  Devant la perplexité de la Samaritaine, Jésus poursuit en  prenant l´initiative du dialogue. Il aborde avec la femme la question de la connaissance de Dieu, c´est à dire de l´expérience de foi, dans un pays dont il a été dit : Il n´y a ni fidélité ni amour, ni connaissance de Dieu... mais parjure et mensonge, assassinat et vol, adultère et violence (Os 4,1-2). Jésus annonce l´expérience de Dieu en tant que don. Dieu est à l´intérieur, à l´extérieur, en haut, en bas, à droite et à gauche (Ps 139). Comme le dit Saint Paul, en Lui nous vivons, nous nous mouvons et nous existons (Ac 17,28). De plus, Jésus aborde aussi la question de sa propre identité : Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c´est toi qui lui en aurais demandé, et il t´aurait donné de l´eau vive.

6.  La femme prend les paroles de Jésus au pied de la letrre, elle pense qu´il s´agit de l´eau normale : Mais Seigneur, tu n´as rien pour puiser, et le puits est profond. D´où l´as-tu donc, l´eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob , qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ? Jésus parle de la source qu´est la Parole, sans cesse renouvelée par un courant profond, l´eau dont la source jaillit du centre de la terre et monte jusqu´au ciel: Quiconque boit de cette eau aura soif  à nouveau ;  mais qui boira de l´eau que je lui donnerai n´aura plus jamais soif ; l´eau que je lui donnerai deviendra en lui source d´eau jaillissante en vie éternelle.

7.  Jésus parle d´une autre eau et d´une autre soif. Il le criera le dernier jour de la fête des Tentes, le plus solennel, celui où lon faisait des prières pour demander la pluie et où l´on célébrait des rites qui commémoraient le miracle de l´eau qui jaillit du rocher au milieu du désert (Ex 17,1-7) : Si quelqu´un a soif, qu´il vienne à moi, et il boira, celui qui croit en moi ! Selon le mot de l´Écriture : De son sein couleront des fleuves d´eau vive. (Jn 7,38). Jésus offre un autre type d´eau, celle qui peut satisfaire la soif la plus profonde du coeur humain, la soif de Dieu. Il est dit dans le Psaume 63 : Toi, mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi.

8.  La femme commence à comprendre, et elle commence à changer : Seigneur, donne-moi de cette eau. Lui lui dit : Va, appelle ton mari et reviens ici. La femme lui répondit : Je n´ai pas de mari. Jésus lui dit : Tu as bien fait de dire « Je n´ai pas de mari », car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n´est pas ton mari ; en cela tu dis vrai. La femme de Samarie est le symbole vivant de son pays :déportée, colonisée cinq fois, en pleine crise d´identité. Et cependant, lors de la rencontre avec Jésus, elle accueille la Parole de Dieu qui la renvoie à son mari. En conséquence, ni répudiation, ni annulation, ni divorce. D´ailleurs, lors du synode de 1980 sur le rôle de la famille chrétienne dans le monde moderne, le cardinal Pericle Felici a donné l´alarme : les déclarations de nullité avaient augmenté dans les années 70 de 5 000 pour 100.

9.  La femme est impresssionnée, elle se rend compte qu´elle est en présence d´un prophète et elle change de sujet. Elle en vient à un sujet religieux : Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : c´est à Jérusalem qu´est le lieu où il faut adorer. Sur le mont Garizim, le Samaritains avaient construit un temple. Et cependant, qu´il s´agisse du temple de Jérusalem ou de celui de la Samarie, les deux formes de culte qu´ils offrent appartiennent au passé. Jésus dit : Crois-moi, femme, l´heure vient où ce n´est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.

 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l´heure vient - et c´est maintenant- où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Le moment est venu où le lieu importe peu. En conséquence, ni Samarie, ni Jérusalem. Ni Rome, ni Londres, ni Moscou.

10. La femme en est témoin, Jésus possède une profonde connaissance de sa propre histoire, connaissance qui le révèle comme prophète. La femme attend la venue du  Messie, le Christ :Quand il viendra, il nous expliquera tout. Jésus lui dit : C´est moi, celui qui te parle. Il inaugure une ère nouvelle : une ère où il continue de parler.

11. Là-dessus arrivent lesdisciples. Ils s´étonnent de ce qu´il parle à une femme, et pourtant  aucun ne lui dit quoi que ce soit. La femme, laissant là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens : Venez voir un homme qui m´a dit tout ce que j´ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? (cf. Gn 24,28-32). Les disciples, eux, se situent à un autre niveau : Rabbi, mange. Mais Jésus dit : Ma nourriture, c´est de faire la volonté de celui qui m´a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin.

12. Il convient de lever les yeux. C´est l´époque où l´on fauche. La fauche est le symbole du jujement, un jujement qui est en route dès aujourd´hui au coeur de l´histoire: Levez les yeux et regardez les champs, ils blondissent pour la moisson. Déjà le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur... Je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d´autres se sont fatigués, et vous, vous héritez de leurs fatigues. Les Samaritains le prièrent de rester chez eux. Et il y resta deux jours. Et ils disaient à la femme : Ce n´est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l´avons nous-mêmes entendu, et nous savons que c´est vraiment le Sauveur du monde.

* Pour la réflexion personnelle ou la réflexion de groupe : Comment est-ce que moi je me situe devant Jésus ?

 

*en tant que Samaritaine, en proie à bien des interrogations

*je le reconnais, le Seigneur connaît toute mon histoire

*j´accueille la parole de Dieu sur le mariage

*je pose là la cruche et j´annonce la bonne nouvelle del´Évangile

*en tant que disciple qui a semé, en tant que disciple envoyé pour moissonner

*en tant que Samaritain qui accueille la bonne nouvelle

*je le proclame : Jésus est le Sauveur du monde