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LE DÉSERT
1. L´expérience de foi implique la traversée du désert. Dans la bible, le désert, plus qu´un endroit géographique, est une situation que l´on vit là où les difficultés de la libération apparaissent. C´est le prix de l´exode. Le désert est une terre inhospitalière, épouvantable (Dt 1, 19 ). Les sources sont rares, la végétation peu abondante, le chemin incertain. C´est un lieu de passage, pas de permanence, endroit que l´on doit traverser pour arriver à une terre qui ruisselle de lait et de miel ( Ex 3, 8). 2. Par ses difficultés et ses carences, le désert est le lieu de la tentation. Il le fut pour Israël, il le fut pour Jésus, il l´est pour nous tous. Au fond, c´est la foi qui est mise en question, si nous nous fions à Dieu, si nous avons confiance en sa Parole: Souviens-toi de tout le chemin que Yahvé ton Dieu t´a fait faire pendant quarante ans dans le désert afin de t´humilier, de t´éprouver et de connaître le fond de ton cœur: allais-tu ou non garder ses commandements? ( Dt 8,2 ). 3. Après la chute du peuple devant le veau d´or (Ex 32 ), Moïse resta sur le mont Sinaï quarante jours et quarante nuits, sans eau ni pain. Il réécrivit sur les tables les paroles de l´alliance, les dix paroles (34,28; ver. 32,19 ). De même que Moïse et Elie (1R 19,8 ), Jésus alla au désert, où il resta quarante jours et quarante nuits. Finalement il eut faim. Et la tentation se présenta. La tentation se situe ( comme un abîme, comme un piège), entre le baptême de Jésus et le commencement de sa mission. 4. Les évangiles nous parlent de trois tentations. La première fait référence au pain. Le pain est le symbole de tous les besoins; celui qui manque de pain, manque de tout. Là où Israël oublie sa mission et, tournant le dos à Dieu, désire rentrer en Egypte, au fumet de ses marmites, Jésus répond: Ce n´est pas de pain seul que vivra l´homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4,4 ). Le pain est nécessaire, mais celui qui ne vit que de pain n´est pas un homme, il n´est pas l´homme aimé de Dieu. 5. La deuxième tentation apparaît sous forme de doute: Le Seigneur est-il parmi nous? (Ex 17,7 ). En plus, on veut résoudre au pire l´inquiétante question , en provoquant une situation limite pour voir si Dieu nous en tire. On s´en remet , dans un mauvais discernement , à un passage biblique: Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies……pour qu´à la pierre ton pied ne heurte ( Ps 91, 11.12 ). Là où Israël veut tenter Dieu et lui arracher un miracle, Jésus accepte les signes que Dieu lui envois sans en exiger d´autres. Parce que c´est écrit: Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu (Mt 4,7 ). 6. La troisième tentation est provoquée par le pouvoir. La conscience sera soumise, à genoux: Tout cela, je te le donnerai si, te prosternant, tu me rends hommage. Là où Israël succombe à la tentation du pouvoir, Jésus répond que l´homme ne doit s´agenouiller devant personne, seulement devant Dieu. C´est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras et à Lui seul tu rendras un culte (4,10 ). 7. Le désert est comme un test qui révèle ce qu´il y a dans le cœur de l´homme. C´est dans cette situation que sa véritable orientation profonde se manifeste. Paul rappelle à la communauté de Corinthe que le désert a dévoilé un peuple convoiteux du mal, qui ne se fiait pas à Dieu. C´est là que se trouvent les péchés du désert: devenir idolâtres et forniquer, tenter Dieu, murmurer (1 Co 10,6-10 ). On dit dans le psaume 95: Quarante ans cette génération m´a dégoûté et je dis: Toujours ces cœurs errants, ces gens-là n´ont pas connu mes voies. Ce qui aveugle Israël, ce qui aveugle l´humanité, c´est la confiance en soi, en sa propre force et non pas en la force de Dieu. En réalité, c´est Lui qui met dans le désert un chemin et dans la steppe des fleuves (Is 43,19). 8. Le désert est, aussi, lieu de rencontre de l´homme avec Dieu. Dieu veille à ce que son peuple ne défaille pas. Chacun ramassa ce dont il avait besoin pour sa subsistance (Ex 16,8 ). En tournant le regard vers le passé, le peuple peut reconnaître, avec étonnement, l´action de Dieu: Le vêtement que tu portais ne s´est pas usé et ton pie n´a pas enflé, au cours de ces quarante ans (Dt 8,4 ) . Ce qui aurait pu être la tombe du peuple, Dieu le transforma en lieu de passage vers une terre splendide, habitable et fertile. Dieu ouvre des chemins là où il n´y en a pas. 9. Le désert, pour le prophète persécuté, est lieu de refuge. Élie se cache auprès de Kérit, à l´est du Jourdain: Les corbeaux lui apportaient du pain le matin et de la viande le soir, et il buvait au torrent (1 R 17,6 ). Jean le Baptiste se réfugie fans le désert de Judée, à côté de la vallée du Jourdain, dans des parages de grottes et de torrents (Lc 3,2 ) L´Eglise naissante s´enfuit au désert , où elle a un endroit préparé par Dieu pour y être nourrie (Ap 12,6 ) 10. Le désert et la croix, dans un certain sens, sont des réalités équivalentes. La croix, la mort sur la croix, est le pire des déserts. Jésus a accepté son passage par la croix afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle (Jn 3,15 ). Le Dieu vivant, qui ouvrit un chemin où il n´y en avait pas, au milieu de la mer et au milieu du désert, en ouvre aussi un où il n´y en a pas non plus: au milieu de la mort. 11. Les difficultés peuvent aussi être un moyen de croissance et de libération. Cette parabole l´exprime d´une façon très belle: Il y avait un oiseau qui, chaque jour, se réfugiait sur les branches sèches d´un arbre qui se dressait au milieu d´une immense plaine désertique. Un beau jour, une rafale de vent déracina l´arbre, obligeant le pauvre oiseau à s´envoler, à cent milles de là, à la recherche d´un nouveau refuge….. jusqu´à ce qu´il arriva, enfin à une forêt d´arbres chargés de fruits. En réalité, si l´arbre sec était resté debout, rien n´aurait obligé l´oiseau à renoncer à sa sécurité et à s´envoler. En avons-nous l´expérience? |