|
EXODE
1. L´expérience de foi implique un processus de libération personnelle et collective. C´est l´expérience de l´exode. En aucune façon, la Parole de Dieu ne sert à justifier des situations d´oppression: elle n´est ni drogue ni opium. Bien au contraire, elle dénonce l´oppression et ouvre un chemin de libération dans l ´histoire. En réalité, ce que Dieu veut c´est défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés et briser tous les jougs (Is 58,6 ). 2. L´exode signale la naissance d´Israël comme peuple et comme peuple de Dieu. Son expérience de foi est expérience de libération. Le Dieu vivant, Seigneur de l´histoire, dit à Moïse: J´ai vu, j´ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J´ai entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste qui ruisselle de lait et de miel ( Ex 3,7-8). 3. Le long de l´exode, le peuple fait l´expérience de marcher avec son Dieu. C´est Dieu, lui-même qui ouvre chemin. Ses traces son nombreuses, même si elles ne sont pas aperçues: Sur la mer fut ton chemin, ton sentier sur les eaux innombrables. Et tes traces, nul ne les connut ( Ps 77,20 ). 4. La liturgie juive de la Pâque proclame le sens actuel de l´exode libérateur: Celui qui soit opprimé, qu´il vienne fêter la Pâque. Dans le cadre juif de la Pâque, chacun raconte son histoire. Et, tous ensemble, ils fêtent la commune histoire d´Israël. Au rythme de litanie, dont le refrain est dayenou ( qui signifie: cela nous aurait suffi ) ils proclament la libération de Dieu: Comme il nous a comblés de faveurs! S´il avait ouvert un passage dans la mer pour nous la faire traverser à pied sec, cela nous aurait suffi… S´il nous avait donné la loi sans nous faire entrer dans le pays d´Israël, cela nous aurait suffi. S´il nous avait fait entrer dans le pays d´Israël sans édifier pour nous le Temple, cela nous aurait suffi. 5. Le mépris des chemins de Dieu, signalés dans le Décalogue, conduit à la catastrophe et à l´exil ( Lv 26,41). L´exil est un chemin qui va à l´envers de l´exode. C´est la conséquence de la corruption tant de fois dénoncée: Il n´y a, ni fidélité ni amour, ni connaissance de Dieu dans le pays, mais parjure et mensonge, assassinat et vol, adultère et violence, et le sang versé succède au sang versé ( Os 4,2). 6. On annonce ,au peuple de Dieu, la libération comme un nouvel exode: Fortifiez les mains affaiblies, affirmez les genoux qui chancellent. Dites aux coeurs défaillants: " Soyez forts, ne craignez pas… Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s´ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet criera sa joie " ( Is 35,3-6). 7. Jean le Baptiste est la voix qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, dans le désert (Mt 3,3) . Un nouveau Moïse est nécessaire, une nouvelle loi, un nouvel exode. Ce qui aurait dû être la terre promise et féconde, de vie et de liberté pour le peuple, est devenu une terre d´oppression et de mort . Le Temple lui-même est devenu le soutien d´un système injuste et opprimant. Jésus , avec la force de l´esprit, tire l´homme de ce monde qui est devenu esclave, qui se trouve dans les ténèbres, qui a besoin de rédemption, parce que là où il y aura oppression, il y aura une parole de libération. Comme le jour où, dans la synagogue de Nazareth: L´Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu´il m´a consacré par l´onction pour porter la bonne nouvelle aux pauvres; Il m´a envoyé annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour de la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur ( Lc 4,18). 8. Un philosophe de notre temps exprime la libération ainsi: Des dizaines, des centaines , peut-être, de narrateurs populaires ont décrit l´impact qu´ils ont reçu par les images de gens simples, humiliées offensées, souffrants, quand ils ont rêvé que tout devenait possible: que l´aveugle puisse voir, le handicapé marcher, les affamés du désert manger, la prostituée se révéler comme femme, une petite fille morte revenir à la vie. Pour proclamer la bonne nouvelle jusqu´au bout du monde, il fut nécessaire que lui même proclame, à travers sa résurrection, que toutes les frontières avaient été dépassées, la frontière suprême même: la mort (R. Garaudy ). 9. Le Grand Inquisiteur de Dostoïevski, dans Les frères Karamazov, fait face, met en prison et corrige le Christ lui-même qui apparaît avec des signes dans La Séville du XVIème siècle parmi le monde qui, la veille, avait été présent dans une exécution dictée par le Saint Tribunal: Au lieu de t´approprier de la liberté humaine, tu l´as augmentée… Ne pensas-tu pas qu´il (l´homme) finirait par la refuser et mettre en question ta propre image et ta vérité, si tu le chargeais d´un poids aussi terrible que celui de la liberté de choix? 10. Pour proclamer l´Évangile qui nous délivre, l´Église doit se rénover, se libérer, vivre son propre exode, jeter le lest du passé, résoudre la vieille identification du christianisme et de la société, respecter l´autonomie du temporel, reconnaître le pluralisme social légitime, renoncer à imposer l´Évangile par la force, offrir l´Évangile dans la faiblesse de la liberté. 11. Dans notre monde, l´Évangile qui rend libre dénonce les grandes différences sociales, veut une école qui ne les reproduise plus, cherche une politique sanitaire meilleure et pour tout le monde, lutte efficacement contre le chaumage, défend la dignité et les droits de l´homme, partage les biens en solidarité; en somme, annonce la bonne nouvelle aux pauvres. 12. Une véritable évangélisation accueille chaque situation et chaque question: les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps, surtout des pauvres et de tous ceux qui souffrent ( GS1) . Et, avec la force de l´Esprit, les signes qui rendent l´homme libre apparaîtront au fond de ces situations. |