LES TRACES D'UNE PRÉSENCE.
- L'expérience chrétienne de la
foi implique cette constante tout à fait centrale de l'évangélisation
apostolique: L'expérience du Christ, Ressuscité et constitué
Seigneur. Penchons-nous sur les traces de sa présence ou bien,
en d'autres termes, sur certains des traits les plus caractéristiques
de cette expérience, qui définit l'identité de
l'eglise naissante comme celle d'aujourd'hui.
- En premier lieu, Jésus Ressuscité,
constitué Seigneur de l'histoire, n'est pas reconnu d'emblée;
qui plus est, les disciples mettent du temps à le reconnaître.
Ainsi en est-il de ceux d'Emmaüs qui, sur le chemin du retour,
commentant l'échec de leurs espérances, ne le reconnaissent
que lorsqu'il rompt le pain: Alors, leurs yeux s’ouvrirent, et ils
le reconnurent (Lc 24-31) avant, leurs yeux étaient aveuglés
(24, 16), ils étaient sans intelligence et lents à
croire (24, 25), même s'ils avaient perçu quelque chose
de spécial. Notre cœur n'était-il pas tout brûlant
en nous, quand il nous parlait en chemin en quand Il nous expliquait
les Ecritures? (24, 32). Pour Marie Madeleine dans le jardin, se
produit quelque chose de semblable (Jn 20, 15), ainsi que pour les disciples
au bord du lac (Jn 21, 4).
- Les disciples mettent du temps a le reconnaître
parce que, entre d'autres raisons, Jésus a profondément
changé: son mode de présence est différent. Il
n'est plus parmi nous à la manière d'un homme, mais à
la manière de Dieu, c'est à dire en tant que Seigneur.
Et c'est ainsi que tous, peu a peu, l'identifient, et peu a peu, le
reconnaissent: les disciples d'Emmaüs qui repartent pour Jérusalem
et partagent la bonne nouvelle: C'est vrai, le Seigneur est ressuscité!
(Lc 24, 34); Marie Madeleine, qui réagit avec un mot généralement
réservé à Dieu: Rabbouni, plus solennel que rabbi,
qui signifie maître (Jn 20, 16); le disciple bien-aimé,
qui l'annonce à ses compagnons de pêche: C'est le Seigneur
(Jn 21, 7-12); Thomas, qui passe de l'incrédulité
à la foi: Mon Seigneur et mon Dieu (Jn 20, 28). Avec la
reconnaissance, s'imposent la paix, la stupéfaction, la joie:
Les disciples se réjouirent en voyant le Seigneur (Jn
20, 20; Lc 24, 41).
- Jésus de Nazareth, constitué Seigneur
(à l'égal de Dieu!), est reconnu ¿au milieu des circonstances
ordinaires de la vie, dans lesquelles fait irruption la bonne nouvelle
de la résurrection. Par exemple, sur le chemin du retour, au
plus profond de l'expérience frustrée des disciples d'Emmaüs
(Lc 24, 21), dans la recherche errante et les pleurs inconsolables de
Marie Madeleine (Jn 20, 11-15), au fond de la nuit infructueuse et inutile
des disciples partis pour pêcher (Jn 21, 3), ou encore dans l'attitude
sceptique et incrédule de Thomas (Jn 20, 25).
- Jésus de Nazareth est reconnu Seigneur
de l'histoire (de "notre" histoire) au milieu d'événements
qui acquièrent force de signes. C'est de cette même manière
que tout au long de l'histoire, avait été reconnue la
présence du Dieu d'Israël: au milieu d'événements
qui parlent, qui ont un sens, qui révèlent quelque chose.
Ainsi, les disciples d'Emmaüs le reconnaissent quand il rompt le
pain et la travers tout ce qui s'était produit ce jour-là:
le parole brûlante du voyageur inconnu, le feu ardent dans le
cœur, le sens des écritures comme clef pour les événements,
l'interpellation profonde, le geste de l'hospitalité, la bénédiction,
le repas pris ensemble, l'incroyable présence (Lc 24, 32; 24,
25-31); dans l'ensemble des faits qui se succèdent dans le jardin
(comme toujours, évoques avec sobriété), Marie
Madeleine reconnaît Jésus dans la parole qu'il lui adresse
(Jn 20, l6); il en est de même pour les disciples: au bord du
lac (Jn 21, 4-13), au Cénacle (Jn 20, 19-21; Mc 16, 14-18; Lc
24, 36-49), en haut d'une montagne (Mt 28, 16), à tous il se
manifeste dans ses paroles.
- Jésus Ressuscité est présent
dans l'histoire a la manière de Dieu, en tant que Seigneur: c'est
ce qui explique qu'il ne soit reconnu que par ceux qui croient, c'est
à dire ceux qui reconnaissent l'action de Dieu dans l'histoire.
En effet, Jésus Ressuscité ne se rend pas présent
dans la vulnérabilité de la chair et du sang, mais dans
la dynamique de l'esprit: personne ne Peut dire: "Jésus est
le Seigneur" de lui-même, mais sous l'impulsion de l'Esprit Saint
(1Co 12, 3).
- La résurrection de Jésus qui le
constitue Seigneur est un événement transcendant qui,
cependant, s'inscrit dans des signes historiques réellement "palpables"
par ceux qui croient. Ainsi, certains peuvent dire que Jésus
fait route avec eux (Lc 24, 15), mange et boit avec eux (24, 30-43),
pêche avec eux (Jn 21, 6), se trouve réuni avec eux, se
présente au milieu d'eux bien que les portes soient fermées
(Jn 21, 19). Jésus Ressuscité se situe, en tant que Dieu
vivant, au cœur même de l'histoire. Et Il y accomplit de nouveau
les signes qui confirmèrent sa mission évangélique
et qui permettent de le reconnaître. Ces mêmes signes, de
plus, sont ceux qui confirment la mission des disciples (Mc 16, 20).
- Le fait que Jésus soit reconnu comme
Seigneur de l'histoire suppose un changement profond, radical (Act 2,
37). En effet, les premiers chrétiens restent stupéfaits,
perplexes (1, 12 ), comme s'ils avaient trop bu (1, 13), ils deviennent
fous, ils mettent tout en commun (2, 42-44; 4,
32-35). Le changement spectaculaire de Paul de Tarse cause un impact
spécial: Mais n'est-ce pas précisément celui
qui harcelait ceux qui se référaient à ce nom-là?
(9, 20).
- Nous pouvons revoir si notre expérience
du Christ présente les caractéristiques suivantes:
 | Il n'est pas reconnu au premier abord |
 | son "mode de présence" est différent
|
 | dans les circonstances ordinaires de la
vie |
 | au milieu d'événements qui
deviennent des signes |
 | dans ses paroles |
 | quand Il rompt le pain |
 | dans la dynamique de l'esprit |
 | seulement pour ceux qui croient |
 | ils deviennent "fous" |
|